RISQUES PSYCHOSOCIAUX

La résilience, je ne l’ai pas apprise dans les livres

H

Tous les articles

Publié le 26 février 2026

}

3 mn de lecture

Pendant longtemps, la résilience a été pour moi un concept professionnel. Un mot que l’on explique, que l’on accompagne, que l’on transmet. Et puis un jour, elle n’est plus une notion. Elle devient une expérience…

À 28 ans, ma vie est dense et bien remplie. Je fonctionne à l’énergie, aux projets, au mouvement. Le corps suit, comme une évidence… jusqu’au moment où il ne suit plus.

Fatigue inhabituelle, malaises, signaux que je minimise… puis le diagnostic : une maladie grave, un traitement lourd commence. La durée est incertaine.

La maladie arrive, mais surtout l’arrêt de ma vie qui me semblait parfaite !

Quand la volonté ne suffit plus

Au début, je réagis comme beaucoup : je lutte. Je veux rester performante, fiable, capable. Continuer malgré tout. Mais progressivement, quelque chose se fissure. L’énergie baisse, les repères disparaissent, la confiance aussi.

Ce n’est pas seulement le corps qui ralentit. C’est l’image que j’avais de moi. Je découvre alors que tenir n’est plus possible, qu’être forte ne fonctionne plus…
Et qu’il va falloir apprendre autre chose.

Accepter de ne plus tout contrôler

Une rencontre me pose une question déroutante “Et si tu arrêtais de lutter ? Et si la maladie cherchait à te guérir ?”. Cette idée me heurte d’abord. Fortement. Lâcher prise ressemble à abandonner. Hors de question.

Puis je comprends progressivement (avec de l’aide extérieure) : accepter n’est pas renoncer, c’est changer de posture, c’est faire avec ce que je ne peux contrôler…

Je commence à observer plutôt qu’à contraindre, à écouter plutôt qu’à forcer et à ressentir plutôt qu’à compenser.

J’accepte ma vulnérabilité, non comme une faiblesse mais comme une information.
J’accepte de ne pas tout maîtriser. J’accepte simplement d’être humaine.

Et quelque chose se remet en mouvement. L’énergie est là.

La transformation silencieuse

La guérison médicale arrivera plus tard. Mais la reconstruction avait déjà commencé. Je découvre que l’équilibre n’est pas un retour à l’état initial. C’est un nouvel ajustement.

La résilience n’est pas revenir comme avant. C’est devenir autrement.

J’ai appris que la vie n’est pas une ligne droite mais un mouvement permanent, fait d’énergie, de phases d’expansion et de repli. Résister épuise. S’ajuster transforme.

Une deuxième épreuve, un autre regard

Quelques années plus tard, la maladie rare de mon fils, encore nourrisson, survient.

La peur est là, mais quelque chose a changé : je ne cherche plus à tout contrôler.
Je cherche des appuis, du sens, du soutien, le pas suivant. L’énergie est là.

La première épreuve avait construit des repères internes.
La résilience précédente nourrissait la suivante.

Ce que cette expérience a changé dans mon travail

Aujourd’hui, lorsque j’accompagne des professionnels en tension, je retrouve souvent cette même logique : vouloir tenir coûte que coûte.

Or l’humain n’est pas conçu pour être invulnérable.
Il est conçu pour s’adapter.

Accepter ses limites, reconnaître l’impact d’une situation, partager ce qui est vécu… ce sont souvent les premières étapes pour retrouver de la capacité d’action.

La résilience n’est pas un optimisme forcé.
C’est un déplacement intérieur : passer du contrôle permanent à l’ajustement vivant.

Et si la vulnérabilité devenait une ressource ?

Dans les organisations comme dans la vie, nous pensons souvent que la solidité vient de la maîtrise.

Mon expérience m’a appris l’inverse : la stabilité vient de la capacité à bouger.

Tout est mouvement.
Tout est ajustement.
Tout est énergie.
Et c’est précisément cela qui permet de durer.

Pour comprendre comment cette expérience nourrit aujourd’hui mes accompagnements en prévention des risques psycho-sociaux, vous pouvez lire :

Résilience au travail : plier sans rompre… et continuer d’avancer